La maison De Biekorf : âme ancienne, nouveau chez soi.

Photos: Thomas De Bruyne

Photos: Thomas De Bruyne

Marilyn et Frederik étaient à la recherche de quelqu’un qui pouvait dévoiler l’âme de leur maison des années ’30, création de l’architecte gantois Geo Bontinck, et qui a subi au cours des années différentes transformations. Suite à des recommandations, ils ont été mis en contact avec Wouter Callebaut, de Callebaut Architecten, spécialisés dans la rénovation d’anciennes constructions. Ensemble, ils ont cherché l’équilibre entre le démantèlement, la restauration et l’adaptation aux exigences de l’habitat d’aujourd’hui pour une famille de quatre personnes.

L’architecture du « quartier des millionnaires ».

Marilyn : « Dans le sillage de l’exposition universelle de Gand en 1913, un magnifique quartier moderne a été construit ici, avec des maisons indépendantes. C’est pourquoi les Gantois lui ont donné le nom de « quartier des millionnaires ». 

Ici se trouvent surtout des maisons des années ’20-’30, chacune totalement différente des autres. C'est une collection unique et disparate de grandes maisons, pour lesquelles les architectes avaient la totale liberté de s’exprimer ».
Wouter : « Les maisons de la première ligne, autour du petit parc, étaient des valeurs sûres. En deuxième ligne, comme dans cette rue, ce sont de jeunes architectes prometteurs comme Geo Bontinck qui ont construit. L’effet de l’expo s’est aussi traduit dans l’utilisation de matériaux belges. Dans la maison De Biekorf, on trouve de la pierre naturelle de grande valeur, comme la Rouge Belge ou la noire d’encre Noir de Mazy.

Horizontalité

Wouter : « Le modernisme typique de Bontinck se retrouve dans la combinaison d’une architecture puissante en béton et en briques avec le raffinement des détails comme les menuiseries en métal, les vitraux et le rejointoiement en biais, qui accentue l’horizontalité du projet ».

Recherche des couleurs

Wouter : « Une des interventions les plus importantes a été l’élimination des châssis blancs en PVC et le retour aux châssis métalliques avec leur alignement typique. Après une recherche approfondie des couleurs, nous avons retrouvé sous 9 couches de peinture un grand nombre de teintes foncées, que nous avons utilisées à nouveau pour les châssis métalliques ». La pièce de résistance est le châssis métallique du hall, une composition graphique au-dessus de la porte d’entrée.

La Luftwaffe allemande & De Biekorf

Pendant la deuxième mondiale, la maison a été réquisitionnée par la Luftwaffe allemande. Ils ont alors obligé Geo Bontinck à exécuter quelques adaptations.


L’histoire que cache la petite abeille dans la clôture en ferronnerie qui entoure le jardin reste un mystère.

La terrasse à l’étage supérieur a été enlevée pour en faire une grande « chambre flamande », avec ses lourdes sculptures typiques. Une vraie rupture de style avec le modernisme de Bontinck, mais Marilyn et Frederik ont décidé de conserver la bibliothèque, comme un clin d’œil vers ce passage.
 Quant à lui, le garage a été transformé en un abri étanche au gaz. Sur des dessins de 1941 sur lesquels la maison a été dénommée « De Biekorf » (La Ruche), on peut voir une adaptation du travail de ferronnerie du portail de la façade avant, dans lequel une petite abeille a été intégrée. 
Bontinck a souvent utilisé le storytelling dans son architecture, mais l’histoire que cache l’abeille relève de la divination, puisque sa symbolique n’a pas pu être découverte.
Les nouveaux habitants lui attribuent leur propre histoire ; ils voient dans la maison une ruche où la famille peut être chez elle.

Une cuisine contemporaine de bulthaup

Marilyn : « Nous avons d’abord regardé les cuisines qui étaient en harmonie avec l’esprit du temps des années ’30, mais nous sommes vite arrivés à la conclusion qu’ici, c’était un lieu où vivre. La cuisine était une pièce sombre et désagréable, où ne venait que le personnel. C’est devenu aujourd’hui une des pièces les plus importantes de l’habitation et aussi l’espace le plus moderne de la maison.

« Je voulais surtout une cuisine où je pouvais trouver mes marques, où les enfants pouvaient aider et où on peut cuisiner avec des amis. Je ne trouvais pas cela dans les cuisines des années ’30, et d’ailleurs, ce n’était pas dans les habitudes de l’époque.
 En plus de la nouvelle cuisine bulthaup nous avons aussi fait agrandir la fenêtre avec vue sur le jardin, pour faire entrer le plus possible de lumière du jour. C’est devenu une pièce très agréable.
 Avec le team Van Damme de Gand, nous avons conçu une cuisine de la série b3. La combinaison d’inox, de chêne et de stratifié blanc est en parfaite harmonie avec le reste de la maison ».
 Wouter : « Je travaille régulièrement avec bulthaup, tant Linea Recta à Anvers que le team Van Damme à Gand. Ils réfléchissent avec nous et ne s’imposent pas. Les cuisines elles-mêmes sont strictes et s’harmonisent très bien dans l’environnement, même dans des bâtiments historiques ».

Une belle interaction

Marilyn : « L’architecte avait demandé que nous réalisions un panneau d’ambiance de ce que nous voulions comme intérieur. Je trouvais que c’était une très chouette interaction ; j’avais une idée, et puis Wouter venait avec autre chose. Ainsi, de nouvelles choses naissaient ; c’était comme une conversation. Pour ce qui est du mobilier, nous savions déjà que nous voulions aller vers Prouvé, et nous avions déjà un certain nombre de classiques du design dans notre précédente habitation. Le mobilier fixe dans le séjour est réalisé dans l’esprit de Rietveld ; la télé et toute la technique sont dissimulées et nous pouvons vraiment profiter de notre collection de disques et de livres ». 

Wouter : « Pour ce qui est des détails du nouveau mobilier fixe comme le vestiaire, nous nous sommes référés le plus possible à ce qui existait encore : les cache-radiateurs avec leurs petites serrures en laiton et les essences foncées de bois. Nous avons ramené les grilles du chauffage qui s’y trouvaient auparavant, mais selon un modèle contemporain. Dans ce projet, nous étions sur la même ligne que le client et nous avons observé avec humilité ce qui existait. Nous voulions réaliser quelque chose de fort, mais en même temps « écouter » le bâtiment ».

À propos de Callebaut Architecten

En 2017, Callebaut Architecten a remporté le prix Jo Crepain du bureau d’architecture le plus prometteur. Ce qui débuta en 2006 comme une entreprise individuelle a grandi au cours des 11 années suivantes jusqu’à devenir une équipe de 14 collaborateurs, avec une expertise claire dans la restauration de haut niveau et la réaffectation de bâtiments protégés. 

Le bureau a déménagé en 2013 de Gand à Drongen, où il occupe l’annexe du château. Callebaut Architecten collabore avec des spécialistes du monde de la restauration et pratique pour chaque projet des recherches préalables approfondies de telle sorte que pour chaque mission, une approche spécifique peut être élaborée. Depuis 2010, le bureau a gagné des compétitions en vue de la réalisation de grands projets comme l’hôtel de ville de Dixmude, le Predikherenklooster et le Vooruit à Gand. En raison de leur connaissance de cette « niche » spécifique, on fait aussi régulièrement appel à eux en tant que spécialistes de la restauration, comme récemment pour le développement du nouveau centre sociétal de la Maison de Rubens d’Anvers, en collaboration avec le bureau renommé d’architectes Robbrecht et Daem.
À côté de projets de ces projets grande envergure, Callebaut Architecten sélectionne consciemment des missions de plus petite taille, comme cette maison De Biekorf. Ils peuvent y être en contact direct avec le client pour écrire un nouvel épisode de l’histoire d’un bâtiment.

 

Rénovation et intérieur : Callebaut Architecten
Cuisine : bulthaup - Van Damme Team à Gand
Photographie : Thomas De Bruyne - cafeine.be

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